No 91 – Mai 1968

Affiche Mai 68
Source: https://commons.wikimedia.org/

 

«Ni Dieu, ni maître!»

Ce slogan, associé à Mai 68, a souvent été brandi pour annoncer la mort de la religion dans les sociétés occidentales. Le mouvement d’émancipation estudiantin, qui remettait en question l’autorité et les certitudes, a touché de plein fouet les Eglises. Références morales prétendant détendre «la» vérité, elles ont connu à cette époque une accélération de la perte de leur emprise sur la société.
Mai 68, point culminant et symbolique des convulsions sociales de toute une époque, a encouragé la vague contestataire au sein de ces institutions.

La question de l’autorité, enjeu majeur de Mai 68, se manifeste dans le domaine religieux par un rejet du «prêt à croire» des Eglises, observe Roland Campiche. Le sociologue se remémore les plaintes continuelles à propos du catéchisme ou de l’autoritarisme des prêtres et des pasteurs.

Ca bouge dans les Eglises

Evoquant le révérend Martin Luther King, leader de la lutte pour les droits civiques assassiné le 4 avril 1968, l’historien français du catholicisme Denis Pelletier se dit  convaincu de l’influence religieuse sur le vent de contestation d’il y a quarante ans.
Non seulement les clercs sont descendus de leur piédestal, mais certains revendiquent eux-mêmes de devenir des citoyens comme les autres. En Suisse, relève Roland Campiche, les Eglises ont été très présentes sur la scène politique, dans les années 1970-90.

Mais, face aux divisions et affaiblie par la perte de son emprise sur la société, l’Eglise  a resserré les rangs dès les années 1970-80.
Côté protestant, certains regrettent les luttes exemplaires du Conseil oecuménique des Eglises, notamment contre le régime d’apartheid sud-africain. Elles ont laissé la place à un esprit de consensus tandis que l’oecuménisme est stagnant.

L’héritage paradoxal

Pour Denis Pelletier, l’héritage de Mai 68 est paradoxal. Le succès des communautés charismatiques doit beaucoup au mouvement d’émancipation des années 1960-70. S’ils rejettent 68, ils sont nés dans sa foulée en contestant à leur façon les institutions ecclésiastiques, relève l’historien

Quant à la pluralité religieuse qui s’épanouit dans le supermarché spirituel contemporain, elle marque pour Roland Campiche le déclin du pôle institutionnel des Eglises en Occident. Mais en aucun cas la mort si souvent annoncée de la religion.

Source de l’article: http://www.lecourrier.ch/l_influence_religieuse_de_mai_68

 

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