No 54 – Les Bourla-Papey (mai 1802)

Louis Reymond, chef des Bourla-Papey par Benjamin Bolomey, 1798 Musée historique de Lausanne
Source: https://commons.wikimedia.org/

 

Qui sont-ils?

Les « Bourla-Papey » (brûle-papiers) sont des paysans vaudois révoltés qui, sabre ou fusil en main, partent à l’assaut des châteaux et des maisons de maître du Pays de Vaud. Au cri de «Paix aux hommes, mort aux papiers!» ils en veulent aux «droitures» seigneuriales, documents décrivant les redevances dues par les paysans, comme la dîme prélevée sur les récoltes.

En 1798, les taxes dues autrefois à Leurs Excellences de Berne ont bien été suspendues, mais elles ont été rétablies deux ans plus tard en faveur du gouvernement helvétique, qui réclame en sus le paiement des arriérés!

Des appuis et des chefs

Les revendications du monde agricole trouvent un écho auprès de nombreux Vaudois, dont des pasteurs et des représentants des autorités locales ou du milieu judiciaire. Des chefs apparaissent. Le plus connu reste Louis Reymond, typographe puis capitaine et officier recruteur lausannois.

Début mai 1802, le canton s’enflamme. Sur La Côte et au pied du Jura, mais aussi dans le Nord vaudois, les districts d’Echallens et de Cossonay, les Bourla-Papey assiègent des châteaux.

Partout, ils menacent leurs habitants, enfoncent les portes, s’emparent des titres. Sans oublier de faire main basse sur les caves! Les coups de main sont aussi des moments de liesse, voire de beuverie.

Au plus fort des troubles, Louis Reymond rassemble 2000 à 3000 hommes dans un campement à Ecublens, où il se fait livrer nourriture et bois de chauffage par les villages insurgés.

Au bord de la bataille rangée

Le 8 mai, 1500 paysans en armes passent les portes de Lausanne et vont se ranger sur la place de la Palud, réclamant la suspension des droits féodaux et les archives conservées au château (la ville est le plus gros propriétaire féodal après l’Etat, ayant «hérité» d’anciennes propriétés de l’évêché). La bataille avec les troupes françaises et helvétiques qui leur barrent le passage est évitée de justesse: les chefs négocient et les rebelles quittent la ville.

Dans les jours qui suivent, des détachements français investissent les villages insurgés. Début août, Reymond et les autres chefs, qui ont fui, sont condamnés à mort.

Mais le vent politique tourne. Fin août, une nouvelle Constitution cantonale est rédigée, qui prévoit l’abolition des dîmes. Et en septembre, alors que la Suisse est en pleine guerre civile, que des seigneurs vaudois réclament le retour des Bernois, Bonaparte intervient et impose sa médiation.

 

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